Port-au-Prince, 24 juillet 2026 --- Liline, âgée de 51 ans, et sa fille ont été violées et battues par des bandits à Martissant, banlieue sud de Port-au-Prince. Sa fille, violée une seconde fois en janvier 2026, a failli mourir après une complication d’avortement.
Face à l’escalade des violences de gangs en Haïti et au déplacement de 1,5 million de personnes, l’accès physique aux structures de santé et de protection est devenu un péril pour les femmes et les filles.
Avec ses quatre enfants, Liline vit dans un camp de déplacés. Elle ne travaille pas, sa maison et ses marchandises ayant été incendiées par des bandits.
À bout des VBG
« Chaque jour, je demande à Dieu qu’est-ce-que j’ai fait de mal que je suis en train de payer », s’interroge Liline. « Nous n’avons pas d’État pour nous protéger dans ce pays », a-t-elle ajouté.
Louna, âgée de 45 ans, a été également violée par des bandits alors qu’elle habitait à Pacot, un quartier résidentiel au cœur de Port-au-Prince. Sa maison a été incendiée. Elle dort dans la rue avec ses trois enfants.
« Jusqu’à présent, je ne peux pas me reprendre », explique Louna, qui vit avec une surdité légère depuis qu’elle a été battue par des bandits.
Au premier trimestre de 2026, en moyenne, plus de 20 femmes et filles ont été agressées – chaque jour, selon le Secrétaire Général des Nations Unies, M. António Guterres.
Les gangs terrorisent le pays, des familles entières sont déracinées, a-t-il ajouté.
Un appui monétaire aux survivantes de VBG
Une des survivantes avait reçu une subvention de 45717 gourdes ou 348,98 dollars américains (à raison de $1 pour 131 gourdes) à partir d’un cash transfert pour se recapitaliser, pour tenir un petit commerce.
L’autre survivante avait reçu une subvention de 33000 gourdes ou 251,90 dollars américains à partir d’un autre cash transfert.
Des cohortes de femmes en avaient bénéficié pendant plusieurs semaines.
Un appui médical
Une des deux femmes est sur le point d’être opérée. Des démarches sont en cours pour qu’elle puisse récupérer du sang avant l’opération. Des bandits l’avaient violée à l’aide d’un pénis trafiqué. Elle souffre d’un prolapsus, à savoir la descente d’un ou plusieurs organes du bassin vers l’entrée vaginale.
L’autre survivante a déjà les résultats des analyses médicales en attendant son opération d’une déchirure périnéale au deuxième degré. Une déchirure périnéale ou vaginale, pouvant survenir pendant l'accouchement, est une déchirure des tissus entourant le vagin et le périnée. La zone périnéale, également appelée périnée, est l'espace situé entre l'ouverture vaginale et l'anus.
Kay Fanm aide ces survivantes de VBG avec l’appui de l’UNFPA.
Une augmentation alarmante
On note une augmentation alarmante des incidences de VBG. Selon le rapport du sous-cluster VBG, plus de 8 000 cas ont été rapportés par les prestataires en 2025, soit une augmentation de 34% par rapport à 2024.
Cette situation impacte l’accès aux services de violences basées sur le genre (VBG), aux soins de santé et à la protection des populations affectées. Elle limite drastiquement les capacités opérationnelles des acteurs humanitaires.
Un appui à renforcer
Après les violences que nous avions subies, Kay Fanm nous a prises à deux bras, ont souligné ces survivantes de VBG. Elle a fait des démarches auprès d’un psychologue pour que nous ne perdions pas la tête, ont-elles ajouté.
Nous sollicitons de l’appui pour Kay Fanm en vue de la continuation de ce travail, ont-elles renchéri. C’est main dans la main que ce travail pourra être fait, ont-elles mentionné.
Ces survivantes ont participé à la ligne *322 à distance ou en présidentiel. Elles ont appelé Kay Fanm au téléphone ou y sont venues pour recevoir les services.
La ligne d’assistance gratuite *322
Pour briser le silence et l’isolement au cœur de la crise humanitaire, l’UNFPA soutient la ligne d’assistance gratuite *322, opérée par l’organisation féministe Kay Fanm.
Au-delà d’une simple écoute, ce dispositif innovant déploie une véritable méthodologie de gestion de cas à distance : suivi psychologique continu pour prévenir les traumatismes, création de communautés d’entraide sécurisées sur WhatsApp, et transferts monétaires rapides pour financer le transport d’urgence des survivantes vers les hôpitaux.
Alors que la ligne a déjà pris en charge 308 survivantes entre janvier et mai 2026, l’UNFPA appelle à une mobilisation urgente des bailleurs de fonds pour pérenniser et intensifier cette alternative vitale face à la crise humanitaire.
La plus grave crise humanitaire
Haïti traverse la plus grave crise humanitaire de l’hémisphère occidental – et celle qui se détériore le plus vite, estime le Secrétaire Général de l’ONU, M. António Guterres.
6,4 millions de personnes – plus d’un Haïtien sur deux – ont aujourd’hui besoin d’aide, contre 5,5 millions il y a deux ans.
Près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays par la violence.
Près de 6 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire sévère. Ce sont les femmes et les enfants qui paient le prix le plus lourd.
Vaincre l’inaccessible
Les restrictions de mouvement et l’accès humanitaire limité ne doivent pas constituer un blocage pour les femmes et les filles survivantes.
Notre partenaire assure un suivi individualisé, incluant une prise en charge psychologique continue et une coordination des parcours de soins par téléphone.
Cette gestion de cas à distance et ce suivi personnalisé permettent de briser la barrière de l’accès géographique, indispensable pour les victimes isolées ou situées en zone de conflit. De plus, la prise en charge psychologique continue réduit le risque de complications liées au stress post-traumatique. Le suivi téléphonique coordonne quant à lui les parcours de soins (médecins, justice) pour éviter la re-victimisation lors de multiples démarches.
Un soutien psychosocial et mental
La ligne d’assistance *322 fournit un soutien psychosocial et mental :
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Aux survivantes et aux personnes à risque de VBG;
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Aux femmes handicapées;
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Au personnel humanitaire de première ligne;
Elle délivre également des informations clés sur les services disponibles, assure la documentation des cas et effectue les références nécessaires.
Des innovations face à l’isolement et la précarité
Pour répondre aux défis de l’insécurité, de l’isolement et de la précarité financière, de nouvelles pratiques ont été déployées comme des communautés de soutien numériques via WhatsApp, l’aide financière directe pour lever la barrière du transport et un accueil physique sécurisé.
Modalités d’accès
La ligne d’assistance est disponible sur les réseaux mobiles Digicel 5 jours sur 7 et de 8 heures à 19 heures. Les intervenantes répondent en moyenne à 5-10 appels par jour pour apporter une assistance gratuite. Grâce aux financements de l’UNFPA, d’ECHO et du CERF, la ligne a pu étendre ses horaires de 7 heures à 22 heures, 6 jours sur 7 en offrant ainsi une couverture nationale.
Ces fonds de ces différents bailleurs permettent à l’UNFPA de doter Kay Fanm en équipements requis. Ils couvrent les salaires des intervenantes psychosociales et des psychologues ainsi que les coûts mensuels des communications.
De plus, l’UNFPA renforce en continu les capacités techniques de Kay Fanm pour optimiser l’outil. Les opératrices s’appuient sur un mécanisme de référence validé par le sous-cluster VBG en Haïti pour orienter rapidement les personnes vers les structures d’offre de services.
Radiographie des appels : des besoins criants partout en Haïti
Les appels proviennent de tous les départements du pays. Pour les cas spécifiques de survivantes, la majorité des appels émanent de l’Ouest et de l’Artibonite, suivis du Centre et du Grand Sud. Ces derniers mois, la ligne verte *322 a reçu une part accrue de femmes et de filles déplacées internes.
La typologie des appelantes varie :
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50% des appels proviennent directement des survivantes elles-mêmes.
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Le reste se partage entre les proches, voisins, amis, gestionnaires de sites de déplacé.e.s, groupements de femmes et prestataires de services externes cherchant une référence.
Les motifs d’appels des survivantes mettent en lumière la diversité des violences subies :
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Violences psychosociales (harcèlement moral, violences économiques) : 45%
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Violences sexuelles : 31%
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Violences civiles : 18%
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Violences conjugales, agressions physiques : 6%
Des résultats tangibles et un appel pressant aux bailleurs
Les données démontrent l’impact vital du dispositif. Selon le rapport partagé par Kay Fanm, de janvier à mai 2026, au total 308 survivantes de VBG ont bénéficié d’une gestion de cas, via la ligne *322. Elles ont reçu des soins psychosociaux, des conseils à distance et ont été orientées vers les services médicaux, juridiques, d’hébergement temporaire et de réintégration socio-économique. De janvier 2026 à ce jour, un volume d’activité de 324 appels a été spécifiquement enregistré pour l’orientation et l’information liée aux VBG.
Dans un contexte comme celui d’Haïti, avec les déplacements continus, les limitations de mouvement et les risques accrus pour les femmes et les filles allant chercher des services aux points de prestation statiques, le renforcement des lignes d’assistance reste une alternative capitale pour assurer une référence sûre et sécurisée.
Pour maintenir ce service robuste, l’UNFPA appelle les bailleurs de fonds à mobiliser des ressources additionnelles. Ces financements urgents permettront l’achat d’équipements, la formation des adjointes des opératrices de la ligne au conseil psychosocial, l’interconnexion avec les centres nationaux d’information numérique pour accélérer la réponse, ainsi que le développement et la diffusion de supports de communication (TV, radio, journaux) pour maximiser la portée du *322.
Photos : Vario Sérant
