Port-au-Prince, 19 février 2026 --- Le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF) a entamé un atelier interinstitutionnel de trois jours sur la coordination des réponses aux survivantes de violences basées sur le genre, à Pétion-Ville, en Haïti, le 19 février 2026.

Un fléau
La violence basée sur le genre en Haïti est un fléau quotidien qui touche des milliers de femmes et de filles, déchirant des familles, brisant des vies et sapant les fondements mêmes de notre société.
Un bilan lourd
Entre janvier et septembre 2025, plus de 7 400 incidents de violences basées sur le genre ont été rapportés, soit en moyenne
près de 27 cas par jour, dont plus de la moitié sont des violences sexuelles et une grande partie implique des viols collectifs perpétrés par des groupes armés dans un contexte d’insécurité généralisée, selon le sous cluster VBG.
Parmi les survivantes, les femmes adultes représentent près de 76 % et les filles environ 14 % des victimes, ce qui souligne l’extrême vulnérabilité de ces populations face à ce phénomène tragique.
Des témoignages poignants
Le MCFDF a diffusé un documentaire dans lequel plusieurs survivantes de violence sexuelle ont témoigné. Ces survivantes ont vécu ce drame dans leurs zones de résidence et ont dû se relocaliser dans des sites de déplacés de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Plusieurs d’entre elles ont des enfants malades dont elles n’arrivent pas à en prendre soin.
Une coordination renforcée attendue
Les résultats attendus de cet atelier sont une coordination renforcée entre les acteurs de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles et des mécanismes de prise en charge harmonisés et opérationnels.
Un échec à éviter
« Les chiffres susmentionnés sont le reflet d’un échec collectif si nous ne réagissons pas avec une réponse interinstitutionnelle coordonnée, capable de protéger efficacement, d’accompagner dignement et de prévenir durablement chaque forme de violence faite aux femmes et aux filles », a estimé la Ministre à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, Mme Pedrica Saint Jean.

Le ton de l’action
« Notre action aujourd’hui doit être ancrée dans une coordination renforcée, des mécanismes opérationnels et des résultats concrets qui transformeront ces engagements en changements réels, visibles et mesurables pour toutes les survivantes », a-t-elle ajouté.
Un appui conjoint
L’UNFPA a appuyé conjointement, sous le leadership de l’ancienne Résidente
Coordonnatrice du Système des Nations Unies, l’analyse de l’impact de la crise dans l’aire métropolitaine et les priorités du gouvernement définies lors des consultations.
Cet appui dénotait que la réponse ne devait pas être fragmentée. Elle doit être de préférence coordonnée, cohérente et centrée sur les besoins des survivantes.
« La prise en charge multidisciplinaire implique l’intervention concertée des secteurs de la santé, de la justice, de la police, des services sociaux, des organisations communautaires et des partenaires techniques et financiers », a indiqué la Directrice des Opérations de l’UNFPA, Mme Na Gnima Konte, (qui s’exprimait) au nom du Représentant, Samir Anouti.
Une approche fondée sur les droits
Elle suppose également une approche fondée sur les droits, le respect, la confidentialité et la non-discrimination.
Cet atelier représente une étape déterminante. « Nous sommes fiers d’être toujours aux côtés du pays pour renforcer les mécanismes de coordination interinstitutionnelle existants, améliorer les protocoles et outils de référence et de contre-référence existants », a fait savoir Mme Konte.
Pour une réponse intégrée
Aucune institution ne peut à elle seule répondre efficacement aux VBG. Il faut une réponse intégrée, accessible et humaine.
« Renforcer la coordination de la prise en charge multidisciplinaire, ce n’est pas seulement améliorer les mécanismes techniques, c’est d’abord une obligation morale et juridique avec les femmes et les filles », a souligné la Représentante de l’ONU Femmes, Mme Marie Goretti Nduwayo. Il s’agit d’un dispositif efficace et coordonné. 
Un déterminant à considérer
« Nous ne pouvons pas nous contenter de mieux répondre aux violences, nous devons surtout mieux les prévenir », a-t-elle mentionné.
En 2025, 19% des cas de VBG signalés concernaient des filles de moins de 18 ans, a précisé la Représentante de l’UNICEF, Mme Greeta Narayan. Seuls 4,6% des survivantes sollicitent de l’aide de la police. À peine 11% accède à une assistance juridique, a souligné Mme Narayan.
Appui aux femmes et filles notamment
L’Unicef réaffirme son engagement aux côtés de l’État et des partenaires pour une réponse intégrée combinant prévention, réponse et réinsertion avec une attention particulière aux filles et aux adolescentes. L’UNICEF soutient les espaces sûrs pour les adolescentes et les femmes.

La table sectorielle
Il est prévu la mise en place de la table sectorielle VBG et des pistes de réflexion pour l’élaboration d’une feuille de route validée pour des réponses concertées et efficaces.
Un problème majeur
Les violences faites aux femmes et aux filles constituent un problème majeur de droits humains et de santé publique en Haïti. Malgré l’existence de cadres juridiques, de politiques publiques, de plans nationaux et de mécanismes institutionnels dédiés à la lutte contre ces violences, la situation demeure préoccupante, marquée par une augmentation des cas et une persistance des violations.
Des engagements
L’État haïtien a pris plusieurs engagements nationaux et internationaux en matière de prévention, de protection et de prise en charge des femmes et des filles victimes de violences.
Le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, en collaboration avec ses partenaires, a développé divers outils normatifs et mécanismes institutionnels, notamment le Plan national de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, la mise en place de structures spécialisées et l’élaboration de protocoles de prise en charge, notamment le protocole tripartite avec le MCFDF, le MJSP et le MSSP pour la prise en charges des victimes de violence. 
À coordonner
Cependant, les interventions demeurent insuffisamment coordonnées. Les acteurs étatiques, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de la société civile interviennent souvent de manière sectorielle, sans mécanisme de coordination structuré, ce qui limite l’efficacité, la continuité et la qualité de la prise en charge des survivantes.
Pour une approche concertée et multisectorielle
Face à cette situation, il est nécessaire d’adopter une approche holistique, concertée et multisectorielle, favorisant une meilleure collaboration entre les institutions publiques, les organisations féministes et féminines, les organisations de défense des droits humains, la société civile, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers.
Préalable
Dans ce contexte, le MCFDF, conformément à son mandat de coordination des politiques publiques en matière de droits des femmes, a engagé un processus de concertation interinstitutionnelle, notamment à travers les réunions des 27 janvier et 3 février 2026, ayant conduit à l’organisation du présent atelier national de trois jours.
Cet atelier bénéficie de l’appui de l’UNFPA dans le cadre du PTA MCFDF/UNFPA 2026 et du financement de la coopération suisse visant à contribuer au renforcement de la coordination des interventions de lutte contre les violences basées sur le genre, notamment dans la zone Métropolitaine de Port-au-Prince et le département du Sud.
Photos : Vario Sérant
