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Haïti/Afro-descendance: Sortir de l’enchaînement mental entretenu par les clichés

17 Février 2020
Le prof. Jacques M. Gourgue en conférence sur "les stéréotypes mentaux et coloniaux dans les manuels scolaires haïtiens”

Port-au-Prince, 17 février 2020 --- A l’initiative du Mouvement Citoyen pour la Décennie des Afro-descendants, le professeur et chercheur Jacques Michel Gourgue a prononcé une conférence autour du thème “Les stéréotypes mentaux et coloniaux dans les manuels scolaires haïtiens”, traité dans son plus récent livre, le jeudi 13 février 2020, à Port-au-Prince.

Après avoir analysé minutieusement les contenus d’une vingtaine de manuels de sciences sociales de la deuxième à la neuvième année fondamentale, l’ancien Secrétaire général de l’Université d’Etat d’Haïti a plaidé pour la réécriture de l’histoire d’Haïti et une révolution culturelle pour sortir le pays de l’enchaînement mental. Selon lui, la notion de race, très présente dans lesdits manuels, est le point de départ de cet enchainement mental. Cette notion n’a aucun fondement scientifique et n’est qu’une construction intellectuelle et de la modernité, a-t-il ajouté.

A côté du vocable race, Jacques Michel Gourgue a relevé dans les manuels en usage plusieurs autres termes et expressions qui légitiment la domination de certains groupes au détriment d’autres. Civilisés, demi-civilisés, civilisation rudimentaire ou très avancée, héritage africain versus héritage français, villes modernes des européens versus chaumières des autochtones, primitifs, sauvages sont au nombre de ces clichés.

Le conférencier appelle à décoloniser toutes les perspectives de connaissances afin de sortir de cette colonialité. La colonialité réfère à une théorie (Modernité/Colonialité) développée par un groupe d’intellectuels latino-américains, laquelle théorie met en lumière une imbrication entre le racisme et le capitalisme, au travers notamment de la racialisation du travail.

D’après Jacques Michel Gourgue, “cette décolonisation passe par le décentrement du point zéro pour que le lieu d’énonciation de la connaissance ne soit plus européo-américain, mais qu’il se retrouve dans d’autres endroits subalternes, reconnus comme producteurs de savoirs, de nouveaux discours autochtones sur et pour un développement “indi-endo-gène” montrant la diversalité des solutions aux problemes”. Le point zéro réfère à une vision eurocentrique qui délégitime toutes les autres formes de savoir que celles qui ont été produites par la science moderne occidentale, suivant les auteurs de l’option décoloniale.

Cette conférence - à laquelle ont assisté plusieurs intellectuels, chercheurs et étudiants -  s’inscit dans un vaste programme d’action que compte mettre en oeuvre le Mouvement Citoyen pour la Décennie des Afro-descendants tout au long de cette année afin notamment de renforcer l’identité haïtienne et valoriser les apports d’Haïti à la construction d’un monde plus juste et plus fraternel. Parmi ces activités figure une semaine de la décennie qui se déroulera à Port-au-Prince.

Avec l’appui de l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la Population, le Mouvement Citoyen et plusieurs autres organisations de la société civile ont participé les 16 et 17 janvier derniers, à San Juan de la Maguana, en République Dominicaine, à une réunion binationale de haut niveau. Cette rencontre était destinée à positionner Haïti et la République Dominicaine au sein de la Décennie des personnes d'ascendance africaine, en mettant en évidence les particularités de cet héritage dans chaque pays.

Texte et Photo: Vario Sérant