Déclaration

Plaidoyer pour la santé des femmes

28 mai 2019

Garantissons les choix et les droits de toutes les femmes

 

Zelda, une jeune femme de 31 ans, a vécu avec une fistule vésico-vaginale pendant 14 ans suite à un accouchement difficile au cours duquel elle a perdu ses jumelles. Vue d’abord par des matrones, elle a été prise en charge par quatre hôpitaux successifs sans succès dans le nord du pays, avant d’être opérée avec succès à l’hôpital de la Croix-des-Bouquets.  En garantissant les choix et les droits de toutes les femmes en Haïti, les défis rencontrés par Zelda peuvent être surmontés ou atténués en Haïti. 

La fin du mois de mai 2019 est jalonnée de deux dates importantes. Les 23 mai, Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale, et 28 mai, Journée internationale d’action pour la santé de la femme, se situent dans un continuum, dans la mesure où elles plaident toutes deux pour le droit des femmes d’accéder à des services de santé de qualité. Ces deux dates offrent l’occasion de réfléchir à l’exercice par les femmes en Haïti de leur droit à la santé et aux efforts et actions conjugués déployés à cette fin. Ces deux dates sont commémorées à un moment où 179 pays, dont Haïti, signataires, il y a 25 ans, en 1994, du Plan d’action adopté lors de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD), au Caire, s’étaient engagés à garantir les droits et les choix pour toutes et pour tous, en ne laissant personne de côté.

La santé des femmes haïtiennes : une situation encore fragile en Haïti

Les besoins des femmes en santé sont multiples et spécifiques à la fois. Elles doivent pouvoir accéder à des services qui leur assurent un bon état de santé dans plusieurs domaines tels que leur santé génésique, mais également un état de bien être psychologique et social associé. Aujourd’hui, la situation sanitaire est marquée par une mortalité et morbidité élevées des femmes haïtiennes. Avec une espérance de vie à la naissance qui plafonne à 64 ans, plus de 17% des décès pour cause de cancer sont dus au cancer du col de l’utérus et plus de 13% au cancer du sein, avec une moyenne d’âge au décès de moins de 30 ans. Plus de 3,8 millions d’haïtiennes de plus de 15 ans sont exposées à ce risque. Elles sont plus de la moitié à souffrir d’anémie chronique et 11% d’entre elles présentent une déficience énergétique chronique. La prévalence du VIH est plus élevée chez les femmes (2,3%) que chez les hommes (1,6%).

Haïti compte plus de 2,8 millions de femmes en âge de procréer. Le taux de fécondité moyen a diminué les 10 dernières années. Il est maintenant estimé à 3 enfants par femme. La femme haïtienne demeure assez vulnérable en matière de santé reproductive. Sur chaque 100 000 naissances vivantes, 529 femmes meurent pour des causes dues à la grossesse. C’est le plus fort taux de la région. Et pour cause, seules 42% d’entre elles sont assistées par du personnel qualifié lors de l’accouchement. En raison d’un accès restreint à des soins de santé maternelle de qualité, plus de 17,000 femmes haïtiennes auraient ou auraient déjà eu une Fistule obstétricale (communication entre filière génitale et la vessie ou rectum).  Les jeunes filles sont très vulnérables à ces risques. Elles sont environ 10% à avoir déjà entamé leur vie procréative avant 19 ans et sont très sujettes à des séquelles importantes pour leur vie future : grossesses précoces, mortalité et morbidité précoce.

La capacité de pouvoir choisir quand faire des enfants reste un défi puisque seules 34% d’entre elles utilisent une méthode de contraception et 38% des besoins en planification familiale sont dits non satisfaits. Enfin, en 2017, 12% des femmes disaient avoir été victimes de violences sexuelles au cours de leur vie, la question de la violence basée sur le genre étant une situation qui affecte de manière multidimensionnelle la santé des femmes.

Des raisons d’espérer : des actions de lutte contre les décès prématurés et évitables et de promotion d’une vie digne et en santé pour les femmes /les filles

Le Gouvernement d’Haïti s’emploie, à travers le MSPP, le MCFDF et d’autres structures, à l’échelle nationale, départementale et communautaire, avec l’appui des partenaires au développement, à favoriser une amélioration significative de la santé et de la vie des femmes haïtiennes. Des interventions sont en cours pour renforcer le niveau de santé primaire, en développant une offre de services de santé intégrés dans les Centres de santé offrant des Soins Obstétricaux et néonataux d’urgence (SONU) où les femmes pourront trouver un paquet complet de services de santé de la reproduction (le continuum périnatal, la planification familiale, la prévention des IST et du VIH ainsi que la prise en charge des violences sexuelles).

Dans le même domaine, le renforcement et l’expansion de la pratique et de la profession sage-femme vient également servir le droit des femmes pour qu’elles aient accès à des services de qualité, au plus près de leurs communautés par du personnel qualifié.   La présence des autres catégories professionnelles de santé notamment les Gynécologues Obstétriciens, les infirmières-Anesthésistes, les infirmières communautaires, sont très importants pour assurer le continuum des soins et maintenir des standards élevés en terme de prise en charge des femmes et des filles.

L’appui au développement d’une stratégie nationale pour recruter, réparer et accompagner les femmes et les jeunes filles souffrant de fistule obstétricale est en cours. Depuis 2016, une cinquantaine de cas de fistule ont été réparés à travers un programme de la Société Haïtienne d’Obstétrique et de Gynécologie (SOG), permettant à ces femmes et filles de sortir de leur situation d’exclusion sociale et souffrance psychologique.

Les membres du groupe H6 (Banque Mondiale, l’OPS/OMS, ONU Femmes, l’ONUSIDA, l’UNFPA et l’UNICEF), œuvrant dans le domaine de la santé, se mobilisent avec les entités étatiques et de la société civile, pour que leurs actions conjointes et coordonnées participent fortement à un changement significatif et réel de la condition des femmes et des filles en Haïti.  Quatre Agences des Nations Unies membre du groupe H6 ont déjà fédéré les acteurs autour d’une dynamique favorable - accompagne le gouvernement dans la mise en œuvre d’un projet conjoint pour des services intégrés pour les femmes et les filles dans la Grand’Anse et le Sud financé par le Canada.  

Des efforts doivent être poursuivis pour accentuer les actions dans la lutte contre la fistule obstétricale, la mortalité maternelle, les maladies sexuellement transmissibles, comme le VIH, contre le cancer du col et les violences faites aux femmes.

L’accès des femmes et des filles à des services de santé de la reproduction égalitaires et de qualité contribue à leur autonomie sociale et économique, comme le soulignent les engagements pris par les Etats à la Conférence de Beijing en 1995.  De même, l’autonomisation économique des femmes est un puissant moyen pour améliorer leur santé et leur qualité de vie ainsi que celles de leur famille ; ce qui contribuera à terme à briser le cycle intergénérationnel de la pauvreté, les femmes constituant la majorité des pauvres dans le monde.

Aucune femme ou aucune fille ne devait être privée de sa dignité, de ses espoirs et de ses rêves. Œuvrons ensemble pour une société qui garantit les choix et les droits pour toutes et pour tous, en ne laissant personne de côté.

 

Les Représentants des organisations onusiennes ONU Femmes, ONUSIDA et UNFPA en Haiti