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Décideurs et organisations de la société civile débattent des moyens d’accélérer la promesse du Caire en Haïti

15 May 2019
L’ancienne Ministre à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, Lise-Marie Déjean, lors du débat sur la mise en oeuvre de la CIPD en Haïti

Port-au-Prince, 15 mai 2019 --- A l’initiative du Ministère de la santé publique et de la population (Mspp), à travers la Direction de la population et du développement humain (Dpdh), et du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa), plusieurs représentants d’organisations de la société civile haïtienne et d’organisations internationales ont participé, récemment à Port-au-Prince, au lancement des activités du 25e anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement (Cipd), selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.

Ce lancement a été l’occasion pour les participantes et participants de débattre des progrès enregistrés et des défis à surmonter, afin d’accélérer la mise en œuvre du Programme d’action du Caire.

« Il faut veiller à ce que les programmes, visant à réduire la pauvreté, ciblent les jeunes et les ménages dirigés par les femmes », a déclaré le Directeur général du Mspp, en ouvrant officiellement cette activité au nom de la ministre Marie Gréta Roy Clément.

Le Programme d’action, adopté lors de la Conférence du Caire en 1994, à laquelle avaient participé 179 pays, dont Haïti, avait demandé une intégration de la planification familiale au sein d’une série plus complète de services de santé sexuelle et reproductive, en vue de continuer à améliorer la santé maternelle et infantile ainsi que les conditions de vie des femmes, en tenant compte de leurs droits, en plus de prévenir le Virus de l’immuno-défiocience humaine (Vih) et les autres Infections sexuellement transmissibles (Ist).

Le représentant de l’Unfpa en Haïti, le Luxembourgeois Yves Sassenrath, a réitéré l’engagement de l’Unfpa à rester aux côtés d’Haïti dans la mise en oeuvre de la Cipd, incluant l’amélioration de la santé de la reproduction et la poursuite des droits pour toutes et pour tous.

L’année 2019 marque, non seulement le 25e anniversaire de la Cipd, mais elle ramène aussi le 50e anniversaire de l’Unfpa.

« La Cipd est au cœur du mandat de cette agence, mais concerne aussi toutes les agences sœurs des Nations unies et tous les pays, dans la mesure où l’on ne peut pas atteindre les Objectifs de développement durable (Odd) à l’horizon 2030, sans la réalisation des objectifs de la Cipd », a souligné Sassenrath.

En effet, certains objectifs (inclus dans les Odd) font référence à des domaines ou thématiques, préalablement retenus dans le Programme d’action du Caire de la Cipd (renforcé par les Objectifs du millénaire pour le développement - Omd, en l’an 2000).

Depuis la création de l’Unfpa, il y a 50 ans, et depuis la tenue de la Cipd, il y a 25 ans, des progrès remarquables ont été réalisés en ce qui a trait à la santé et les droits en matière de sexualité et de procréation.

Malgré tout, des centaines de millions de femmes dans le monde continuent aujourd’hui de faire face à des obstacles, notamment sur le plan économique, social et institutionnel, qui les empêchent de choisir elles-mêmes si elles veulent des enfants, avec qui, ainsi que le moment et l’espacement des naissances.

Le Directeur de la population et du développement humain (Dpdh), Dr Maurice Mainville, a fait savoir que plusieurs progrès ont été observés en Haïti, dans le cadre de la mise en œuvre du programme d’action du Caire, de 1994 à 2019, à la lumière d’un travail de synthèse sur l’évolution des indicateurs de la Cipd, à travers les 5 dernières enquêtes « Emmus/Eds » de 1994 à 2016, présenté par le statisticien-démographe Jacques Hendrys Rousseau.

Le pourcentage d’adolescentes, ayant déjà entamé leur vie féconde à 19 ans, a baissé de 40 %, passant de 36 % à 21.3 %.

Le pourcentage de besoins insatisfaits, chez les femmes de 15 à 49 ans, a perdu 10 points, passant de 48 % (Dhs, 1994-95) à 38 % (Dhs, 2016-17), soit une réduction de 21 %.

Le pourcentage de besoins insatisfaits, chez les adolescentes de 15 à 19 ans, plus élevé que chez les femmes de 15 à 49 ans, passe de 62 % en 1994-95 (Dhs) à 55 % en 2016-2017 (Dhs) et accuse, dans l’intervalle, une perte de 13 points. Il s’ensuit une réduction de 11 %.

Le taux d’utilisation de la contraception moderne a plus que doublé, dans l’intervalle, passant de 13 % en 1994 (Dhs) à 32 % en l’an 2017 (Dhs), soit un coefficient multiplicateur de 2.5. Le niveau actuel (32 %) est, toutefois, distant de la cible visée, c’est-à-dire de l’accès universel à la contraception.

Un débat contradictoire très enrichissant a eu lieu, lors de ce lancement, sur les meilleures stratégies à adopter, pour faire baisser drastiquement le taux de mortalité maternelle en Haïti (529 décès pour 100,000 naissances vivantes, Emmus VI, 2016-2017), qui reste l’un des plus élevés dans la région.

Par rapport à la mise en oeuvre de la Conférence internationale sur la population et le développement (Cipd) en Haïti, « il faut rendre les petites réussites irréversibles », a estimé le Directeur de l’unité de l’Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale au Ministère de la planification et de la coopération externe (Mpce), Pierre Jorès Mérat.

Ce lancement des activités de Cipd+25 a été également l’occasion de faire la restitution de la participation de la délégation haïtienne à la 52e session de la Commission Population et Développement (Cpd 52), tenue aux Nations unies, à New York, début avril 2019.

Myriam Narcisse de « Haiti Adolescent Girls » (Hagn), une des Organisations non gouvernementales (Ong) haïtiennes ayant participé à cette session, a présenté les grandes lignes de la déclaration politique, qui en est sortie, laquelle appelle les Etats membres à respecter les principes du programme d’action de la Cipd.

L’agenda du Caire adopté en 1994 vise notamment à :

Rendre accessible, de manière universelle, toute une gamme de méthodes fiables et sans danger de planification familiale et de services connexes de santé de la reproduction;

Réduire les taux de mortalité infantile à moins de 35 pour 1,000 naissances vivantes et des taux de mortalité des moins de 5 ans à moins de 45 décès pour 1,000 naissances vivantes;

Combler l’écart entre les taux de mortalité maternelle des pays en développement et des pays développés. Tenter de parvenir à un taux de moins de 60 décès maternels pour 100,000 naissances vivantes;

Faire passer l’espérance de vie à la naissance à plus de 75 ans. Dans les pays présentant la plus forte mortalité, chercher à faire passer l’espérance de vie à la naissance à plus de 70 ans;

Parvenir à l’accès à l’éducation primaire universelle complète ; garantir l’accès le plus précoce et le plus exhaustif possible à l’éducation secondaire et supérieure aux femmes et aux fillettes.

Texte et photo: Vario Sérant